Mes tantes du côté paternel avaient une tradition annuelle dont j’ignorais l’existence; deux fois par année elles vont servir les repas à une centaine de personnes dans le vieux Quebec, à la maison de Mère Marcelle Mallette. Cette année je suis allée moi aussi. serais-je en train de devenir une vielle tante? 204 repas servis ce midi. "Plus on avance dans le mois, plus il y a de demandes".

Humilité. Me placer dans un état mental qui accepte que je servirai ceux que l’on regarde de haut (non pas vous je sais vous ne faites pas ça, mais les autres…). Servir le membre que l’on juge moins utile de la société. Avec un sourire. Se mettre à son service, pour son confort. Savoir que parmi eux se trouvent des vrais maganés de la vie mais aussi des lâches, des junkies, des alcolos et des profiteurs d’état pourvoyeur. Mettre la même quantité de choux-fleurs à tous, sans juger. Les voir défiler l’un derrière l’autre, certains fuyant nos regards, parce que la honte. D’autres les cherchant les regards, parce que c’est probablement les seuls regards souriants auxquels ils ont droit dans leur journée.

"Maintenant les bénévoles vous pouvez vous servir avant que ça commence". Oh. Ah. Bien sur, j’y avais pas pensé à ça. On mange nous aussi. La même chose qu’on servira à des itinérants et des alcolo…la même soupe brunâtre, les mêmes pâtes trop cuites, le même café hyper dilué. Voire que je vais manger ça, je mangerai chez nous! Ta gueule Esther, mange. Si tu le fais manger aux autres tu dois pouvoir le faire toi aussi.  

Leçon d’humilité en accéléré. Et c’était pas tout mauvais, j’avais pas mangé de tarte aux pommes si bonne depuis fort longtemps.

Je jète. De mon frigo chaque semaine je jète plein de plats qu’on avait juste pas envie de manger.  Qu’on a oublié de manger. Qu’on a pas eu le temps de manger parce qu’on a été plutot au resto trop souvent. Bien sur on fait tous des choix dans la vie. J’ai choisi de me lever tous les matin pour faire un métier que j’aime et qui me rapporte un salaire qui me garde à l’abri de "ça". Eux ont choisi une autre voie, pour certains c’est celle de la facilité, pour d’autres c’est celle de la survie, la bouée de sauvetage avant le cimetière. Chose certaine y a personne là qui se soucie de savoir quand son iPad sera livré. ça se mange tu un ipad?

Puis comme toujours j’ai été chanceuse. J’ai rencontré Roplug (je suis pas sure de l’orthographe?) qui m’a ordonné de m’assoir 5 minutes, le temps de faire ma caricature. Y comprenez vous quelque chose? Je vais servir de la soupe à des gens qui ont faim et qui sont sans ressources et je repart de là avec ma face caricaturée gratuitement. "Il fait ça souvent, c’est sa façon de remercier les bénévoles de la maison." Je l’ai cherché après le repas, je voulais le remercier et jaser avec … je l’ai pas vu. Merci Roplug. Je me sens encore en dette, il va falloir que je récidive.

Sur une note tout à fait superficielle; Mesdames, si vous vous inquiétez de votre peau aux allures vieillissante, allez visiter une congrégation religieuse. Vous aurez là une preuve que toutes les crèmes du monde ne feront rien pour vous. Aucune des religieuses que j’y ai vu aujourd’hui n’avait de rides plus creuses que les miennes, bien que certaines faisaient le double (et plus) de mon âge. Des peaux de bébé à peine un peu fanée. Leur secret? Le calme. L’une d’elle m’affirme que ce qui donne des rides c’est l’inquiétude, la colère, la rancune, le stress et… les produits de beauté. ;) Je leur regarde la face et j’ai envie de les croire.


J’ai 38 ans, pour encore quelques heures. 38 ans et j’ai le goût d’en parler avec le sourire et certains dirons, de me vanter. On a ceci, nous les femmes, de mal foutu; quand il s’agit de parler de nous de façon positive, on a tendance à penser qu’on se vante. C’est plus facile de dire "Ohhh cette vieille chose? Je l’ai achetée il y a 5 ans!" ou encore "Non non vraiment, c’était super facile à faire!" quand on reçoit un compliment. Alors imaginez, s’en faire, des compliments.

38 ans et je regarde les quelques dernières années passées.  Si on me les avait décrites d’avance, j’aurais probablement été un peu paniquée devant ce que j’allais rencontrer. Mais je l’ai fait, one baby step at the time, et j’en suis fière. Tiens, c’est drôle, j’avais dit la même chose à 30 ans, diplôme tout neuf en main après être retournée user mes jeans sur les bancs d’école. Probablement que je le redirai aussi à 50 ans, c’est même souhaitable, ça sera signe que je ne m’emmerde toujours pas!

38 ans, divorcée, célibataire, locataire… sortons les mouchoirs. 38 ans, fière maman d’une pétillante ado allumée, chanceuse d’avoir des amies de toutes sortes avec qui il fait bon rire, maxi-fière de mon parcours professionnel éclectique mais ô combien amusant, souvent surprise, très souvent occupée à rigoler, paisiblement heureuse… sortons le champagne!!! (Pfffft! Dire que j’ai eu une larme à 22 ans parce que je me trouvais vieille, on croit tellement tout savoir à 22 ans!)

J’ai 38 ans et je fais le ménage ce soir comme je le fais le 31 décembre aussi; avec l’espoir qu’en ne trainant pas la veille poussière de ma vie dans cette nouvelle année, je fais de la place à ce que j’ai envie d’y recevoir. Superstition vous dites? J’aurai 39 ans demain et je me lèverai avec un plancher propre, c’est quand même déjà ça de pris, vous ne trouvez pas?

Je l’aurais reconnue n’importe ou ce midi, les yeux rieurs et le sourire sympathique. Allo allo, smack smack, on jase, on commande une poutine, on jase… c’est la première fois qu’on est assises dans le même indicatif régional ensemble et pourtant, c’est comme si on se connaissait depuis des années. Et c’est le cas.

Sans jamais s’être rencontrées, connaitre les petites bebittes, les joies les aspirations, les sourires du quotidien et les rêves décolorés. L’univers des blogues m’aura apporté ceci, entre autre; pouvoir au premier contact y aller, sans malaise, de conversations comme si ça en faisait  déjà plusieurs. Parce que ça en fait déjà plusieurs, seulement écrites.

Je ne blogue plus comme je l’ai déjà fait, par manque de temps, d’inspiration, par excès d’auto-censure le plus souvent aussi mais je suis sincèrement contente à chaque fois que je rencontre un/une collègue de blogues des 7 dernières années. Avec certains j’ai tissé des liens plus serrés, les autres resteront de bon contacts que je trouve agréables à cotoyer sur Facebook.

Parfois les questions qu’on me pose en ces occasions me surprennent (et peut-être que j’en ai déjà déstabilisé quelques uns aussi?). C’est étonnant la perception que des lecteurs peuvent se faire de nous à travers nos écrits mais personnellement j’aime bien la savoir. Ça me permet de rigoler le plus souvent, mais surtout de valider mes choix de sujets et ma façon de les traduire en écrits.

Version courte de mon "Mot de la présidente" publié dans le rapport annuel présenté aujourd’hui aux membres.

Mon mandat comme présidente du Groupe les Relevailles se termine cette année. Ce mot de la présidente, en ouverture de notre rapport annuel, sera mon dernier. Vous me permettrez de vous y parler avec mon cœur.

Je suis entrée aux Relevailles d’abord comme bénévole, avec la ferme croyance que par de petits gestes d’entraide, chaque individu peut améliorer son environnement, sa communauté. Nous voyons chaque jour des souffrances humaines qui font les manchettes du téléjournal. Je pense pouvoir affirmer sans me tromper que tous, nous nous sentons bien impuissants devant autant de douleurs, de faim, d’isolement, de tortures et de catastrophes. Je pense aussi pouvoir affirmer que tous, nous aimerions, d’un coup de baguette magique, pouvoir y mettre fin. Hélas, ce n’est pas possible. C’est donc par de petites actions, de petits gestes, que j’ai décidé de contribuer à la hauteur de mes capacités, dans ma communauté immédiate, en osant espérer y faire une petite différence.

Je quitte aujourd’hui un peu moins idéaliste, un peu plus réaliste. Je ne suis pas arrivée à appaiser tous les maux autour de moi. Au contraire, j’ai vu dans les six dernières années des besoins grandissants dans la communauté, de plus en plus de demandes d’aide, de plus en plus de situations d’isolement et de détresse auxquelles un organisme ne peut arriver à répondre. Nos ressources sont limités, nos capacités aussi. La souffrance demeure, la demande est grandissante.

Je sais que, d’une part, si la demande est grandissante c’est bon signe. C’est, en partie, que la sensibilisation et la prévention auront fait leur chemin dans les foyers. Parce que de reconnaître un problème, c’est déjà une dificile étape de franchie, demander de l’aide ensuite c’est le premier pas vers une amélioration de la situation.  Je dis bravo et je salue toutes les familles qui ont senti le besoin de faire une demande, de quelque nature qu’elle soit, afin d’améliorer leur quotidien et celui de leurs enfants. Vous avez pris soin de vous, afin de pouvoir prendre soin de vos enfants, de nos enfants. Pour cela, je vous remercie, et vos enfants aussi, n’en doutez jamais.

J’en profite en terminant pour remercier le Groupe les Relevailles. J’y suis entrée comme bénévole en pensant donner, j’en sors enrichie de connaissances et avec l’extraordinaire souvenir de tout ce que j’y ai reçu. À toutes celles avec qui j’ai eu la chance de travailler au sein des Relevailles depuis six ans, vous m’avez toutes apporté quelque chose d’unique à votre façon. Vous êtes de grandes dames (et de grands hommes, ne les oublions pas!), je vous remercie de votre implication.

Mesdames, ce fût un réel plaisir
Esther Chénard
Présidente du Groupe Les Relevailles, 2007-2012

Sinistrée. C’est comme ça qu’on m’appelle ces temps-ci, avec un numéro de dossier à 8 chiffres chez ma compagnie d’assurance habitation. C’est moins grave être sinistrée quand on est assurée. Encore mieux si le proprio a de bonnes assurances aussi. Mais ça demeure un désagréable moment – qui semble s’éterniser – de devoir être relocalisée avec ma valise, dans un autre logement pendant que le miens se refait une beauté. Ça devait être une relocalisation pour 2 semaines, c’est maintenant pour 4 semaines, si tout va bien. Qu’est-ce que ça change pour moi? Beaucoup de choses de peu d’importance.

J’habite temporairement dans un logement meublé, fournit par l’entreprise de rénovation, payé par les assurances. L’endroit est neuf, propre, chic, rien à dire de ce côté. Mais c’est plus loin de mon travail, plus loin de l’école de Puce, plus loin de tout ce que j’ai choisi comme quartier l’an dernier. Beaucoup plus loin, plus long en temps de déplacement et plus cher d’essence.

Dans ce logement il y a internet, une télé, le câble… mais pas d’enregistreur (ENP) Vidéotron. Et je constate que sans mon ENP, je n’ai aucun plaisir à regarder la télé parce que je déteste les publicités. Je ne peux pas mettre l’émission en pause, je ne peux pas enregistrer un truc et en regarder un autre en même temps, bref, je ne peux pas regarder la télé comme j’aime le faire. Je ne le fais donc à peu près pas.

Je suis partie avec 2 valises. L’une qui me servait en voyage la première semaine où je devais quitter mon appartement, l’autre qui m’a attendue dans le coffre de la voiture pendant mon voyage et qui contient les vêtements que je porte au travail. Je n’ai pas accès à mon logement pour y récupérer les choses dont j’aimerais me servir. Je dois attendre la fin des travaux ou aller acheter ce qu’il me faut en attendant. Idem pour les affaires de Puce! Je vous parle pas du courrier… Poste Canada a un service payant de retenue du courrier mais les colis eux, sont livrés quand même!

La cafetière ici est plus lente que la mienne, je dois attendre une éternité pour avoir mon précieux café le matin! J’ai du refaire une épicerie pour acheter tout ce dont je me sers au quotidien et quand je vais retourner chez moi je vais avoir en quantité industrielle du sel, du sucre, du savon à vaisselle et plein d’autres choses toutes aussi palpitantes. J’aurai aussi 2 séchoirs à cheveux, des cintres pour 2 gardes-robes de plus et je constaterai le décès de mes plantes vertes et le triste état du contenu de mon frigo qui aura été abandonné depuis un mois à ce moment.

Malgré le gros dégât d’eau chez moi, malgré les désagréments que ça m’occasionne, j’ai trouvé le moyen de dire que j’étais chanceuse, et je le dis encore. Je n’ai rien perdu, j’ai de bonnes assurances et mon propriétaire aussi. Je ne suis pas dans la rue (loin de là!) et je peux continuer toutes mes activités normales. Si tout va bien et que je suis bien, si par le passé j’ai vu que je m’adapte  bien au changement, même subit, pourquoi est-ce que je veux autant retourner chez moi tout-de-suite-là-maintenant???

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